Ta cause.

Image de Raïnat Aliloiffa.

L’immunité

Physiquement, tu pourrais être devant moi, je te regarderai même mais sans jamais te voir. Psychologiquement, je n’arrive même plus à me convaincre que ça ira. Géographiquement, qu’est-ce que je fais là, bordel ?! Et où est-ce que je vais ? Syntaxiquement, toujours le chaos mais je fais genre je sais écrire. Personnellement, qui suis-je ? Si c’est pas ma psy qui m’aidera, ce sera les médicaments. Si ce ne sont pas les médicaments, ce sera la sophrologie. Si ce n’est pas la sophrologie, ce sera ma plume. Si ce n’est pas ma plume, ce sera le sommeil, la foi.

Je repense encore aux fois où mon corps avait fini par parler après tant de mois à étouffer ses maux. Ces fois où la douleur mentale était devenue une douleur physique insoutenable mais je continuais à essayer de faire taire mon corps. À bout, je leur disais « je veux dormir. Docteur, je veux juste dormir ». Ils n’aimaient pas cette phrase, je le sais parce qu’ils me répondaient « je sais, mais tu ne peux pas. Tu ne dois pas. Reste avec nous. Ne t’endors pas. ». Et j’ai répété cette phrase pendant des années. Mais même ça, juste dormir, je ne pouvais pas. Au fait, je voulais précisément qu’on m’endorme mais eux pensaient que je voulais mourir. Non. Je voulais dormir, un soir, une semaine, un mois, un an mais pas mourir. Ça faisait des mois que les douleurs physiques et mentales avaient supprimé mon sommeil. J’ignorais qu’un être humain pouvait passer autant de temps à dormir deux heures, à tout casser, par nuit. Je voulais alors juste dormir, cette petite « activité » pas surhumaine et que l’on considère anodine était devenue un véritable rubis pour moi. Je cherchais le luxe. Je voulais dormir pour ne plus ressentir ces décharges électriques, cette incapacité à bouger un membre, mon cœur s’emballer et mes poumons se serrer. Je voulais dormir mais pas mourir.

Tous ces symptômes n’étaient pas du cinéma, plusieurs choses les expliquaient dont « les crises d’angoisse aigues », me disaient-ils. Moi, la petite noire que je suis, celle qui a toujours entendu autour d’elle que les noirs n’étaient pas sujets aux problèmes/mal-être psychologiques et mentaux, j’étais en train de souffrir intérieurement depuis et pendant des années. Au fait, non, ma couleur de peau n’est pas une immunité contre les troubles psychologiques et mentaux. Fausse croyance à tuer.

Laisse-moi t’aider.

Image de Mia Loifa.

Effondre-toi.

Image de Raïnat Aliloiffa.

On refait.

Image de Raïnat Aliloiffa.

Subiri

Photo prise par Camille Seibel.

«Parles-en Loulou. Parle de ce fléau». Je ne sais pas si j’ai la carrure pour le faire. Je vais essayer parce que c’est un sujet qui me regarde, me touche et me concerne d’une certaine façon, comme beaucoup de femmes mahoraises.

Cher partenaire, cher époux, peu importe ton statut, tu te considères comme étant ma moitié. Cher toi, tu me détruis psychologiquement. Cher toi, tu m’épuises physiquement. Mais, ça je ne te le dis pas parce que j’ai peur de toi, de tes mots, de tes actes, de tes coups… tu es la source de mes maux. Et ça tu le sais. Tu le sais parce que tu sens que quand tu entres dans cette pièce, je tremble, j’appréhende ce qui va sortir de ta bouche, quand tu poses ta main sur moi, je sursaute, me méfie. Je ne sais même plus ce qui me fait le plus mal entre ta parole, tes actes et les bleus sur mon corps.

Et à côté, tu me trompes. Tu sais que je le sais. Le quartier tout entier le sait et quand j’ai envie de partir, ils me disent que c’est ça la vie, que mon mari ne peut pas m’appartenir entièrement et qu’une femme qui quitte le domicile conjugal est mal vue, méprisée. «Subiri», ils me répètent. «Subiri». J’ai fini par le faire et même à voir le bon côté de ton infidélité; tu ne peux pas m’atteindre quand tu n’es pas là.

Mais, tu m’as bousillée. Je n’ai rien vu venir, pourtant tu avais tout calculé. Je t’ai fait quoi ? Pourquoi tu t’acharnes sur moi ? Pourquoi tu me fais autant de mal ? Comment se fait-il que mes larmes ne t’arrêtent pas ? Mes cris ne te font pas prendre conscience ? Mon silence ne te fait pas t’interroger ?

Ne m’aime pas si tu veux, va jusqu’à me haïr mais libère-moi.

Je le vois.

Image de Raïnat Aliloiffa.

Penses-y.

Image de Raïnat Aliloiffa.

Ne me déstabilise pas.

Je ne t’attends plus. J’avance. Tu me trouveras peut-être sur le chemin et on prendra, à ce moment-là, le virage ensemble. Mais, il en est hors de question que je t’attende encore. J’ai enfin pu trouver chez moi cette satisfaction, cette envie de vivre, cette passion que j’attendais de toi. Il y a autre chose que toi qui m’anime, c’est moi.

Je ne te tourne pas le dos, jamais je ne le ferai. C’est simplement que je commence à me demander si tu es indispensable à ma vie. La réponse est non, évidemment. Ma vie me plaît même sans toi. Je n’ai pas besoin de toi, c’est pour ça que je ne t’attends plus. J’ai envie de toi. Et une envie n’est pas indispensable mais désirée. Et je te désire.

Alors je construis mon château et si tu viens, on emménagera une pièce à nous dedans. Il n’est plus question de t’attendre pour construire.

à l’amiable.

Image de Raïnat Aliloiffa.