Un monde à élever

« Tu es une femme à marier »… ça veut dire quoi ? C’est quoi être une femme à marier ? Selon beaucoup c’est une femme qui sait cuisiner. D’autres ajouteront à cette définition « une femme coquette, qui sait tenir une maison et qui s’occupe d’enfants ». C’est moi ou cette description n’est, au mieux, pas fidèle à l’image des femmes, au pire, réductrice ? Je vais parler en mon nom. PERSONNELLEMENT, quand je cuisine, teste, adapte et invente des recettes, je peux jurer que ma pensée première n’est pas « ohlala ! Mon futur mari aura trop de chance d’avoir une épouse qui cuisine bien ». Mon mari, si j’aspire à en avoir un, sera chanceux d’avoir une épouse comme moi, point. Ensuite, quand je cuisine, ma première pensée c’est « POPOPO !!! je vais me mettre biiiien !! ». La deuxième c’est « putain je suis fière ! J’ai hâte de faire goûter ça à mes proches ». La troisième c’est « faudrait peut-être que je monte mon business ». La pensée du mari est loiiiin !!

Je ne suis pas en train de dire qu’on doit se révolter et ne pas cuisiner quand on est mariées. Non ! Je suis en train de vous supplier de cesser de nous mettre dans des cases et de réduire, ou du moins limiter nos capacités, nos valeurs et nos ambitions.

Oui, beaucoup de femmes cuisinent et s’occupent d’enfants, d’autres n’aiment pas ou ne savent pas cuisiner et n’aiment pas ou ne veulent pas s’occuper d’enfants. Apparemment, elles ne seraient pas « bonnes à marier ». Personne n’est bonne à marier. Les gens se marient ou ne se marient pas, c’est tout. Il y a aussi ENORMEMENT d’hommes qui cuisinent, s’occupent bien d’un foyer et d’enfants ! Ce sont des hommes. C’est tout.

J’entends beaucoup dire « c’est pas à l’homme de faire ça ». Mais c’est à qui ? Quel homme se laissera mourir de faim ou vivra dans la crasse sous prétexte que c’est pas à l’homme de faire ça ? On n’épouse pas une cuisinière ou une femme de ménage sinon va falloir payer un salaire mensuel comme pour tout travail. On n’épouse pas non plus une mère. On épouse une femme qui PEUT-ETRE, par la suite, deviendra la mère DE LEURS ENFANTS et non pas celle de son époux. Il faut arrêter de penser que tout ce que nous entreprenons personnellement ou professionnellement c’est à but marital ! Nous avons aussi des projets, des ambitions, des missions qui parfois n’ont aucun rapport avec le couple, le mariage et la vie de famille. Il va falloir s’y faire et cesser de penser que la meilleure chose qu’on puisse souhaiter à une femme c’est le mariage et des enfants. On a un monde à tenir.

Ce que j’ai acquis pour moi hier et aujourd’hui c’est pour moi et peut-être que demain, je pourrais le PARTAGER, pas donner mais partager avec une tiers personne ou plusieurs ! Mes acquis ne changeront pas de destinataire mais d’autres pourront peut-être en bénéficier.

Je vais essayer de finir sur ça. Des fois, voire souvent, cette femme à qui on a dit qu’elle est « bonne à marier », on lui dit aussi « aucun homme ne voudra de toi » parce qu’elle parle. Donc, si je récapitule, une femme à marier c’est celle qui cuisine, s’occupe des tâches ménagères, et demain, de ses enfants et de son mari mais en plus se tait. Un jour, on m’a dit que j’étais brutale juste parce que j’avais refusé une idée et que j’exposais mon avis. C’est absurde. Combien de fois j’ai entendu qu’on ne devrait pas donner notre opinion quand il va à l’encontre de celui des hommes ou qu’une femme ne doit pas parler de sujets qu’ils considèrent indécents? Le PIRE, c’est que certaines remarques venaient également de certaines femmes de MA GENERATION (en tout cas, pas seulement de la génération de ma mère et ma grand-mère) ! Une jeune femme m’avait un jour dit que je devais me taire face à un homme, même si j’avais raison, pour ne pas provoquer sa colère. Je refuse. Je ne suis pas responsable de l’égo, du complexe d’infériorité ou bien de la toxicité de ces hommes. Alors, évidemment que je parlerai (surtout si j’ai raison) et si je dois faire face à cet égo masculin, j’y ferai face. Enfin bon, je parlerai de ce fameux « subiri », « roua », « licha tou » qu’on entend énormément dans la communauté comorienne/mahoraise dans un prochain article. En attendant, sortez-nous de ces cases parce qu’on a un monde à élever.

Fin.

Image de Raïnat Aliloiffa.

Dis-leur

Encore une fois, je vais parler de toi. Et à chaque fois que je le fais, ils me demandent qui tu es. Il serait peut-être temps que tu te présentes.

Dis-leur que tu es le seul projet que je n’avais pas prévu mais qui, maintenant qu’il est là, a pour but de ne jamais s’évaporer. Dis-leur que je t’ai tout dit dans un silence et que tu m’as répondue par un regard. Oui, dis-leur ça. Dis-leur que toi et moi c’est tout dans le regard, que c’est beaucoup de rire, de séduction, d’écoute, de réconfort, de soutien mais jamais de silence qui a tort. Dis-leur ensuite que je t’ai vraiment tout écrit parce que la voix ne sortait pas. Dis-leur que je t’ai fait promettre de ne jamais me faire passer devant mais toujours à tes côtés. Dis-leur que tu n’es pas mon bonheur mais une partie de celui-ci et que si demain tu pars, j’aurai toujours le royaume que j’ai construit seule, mais qu’il faudra juste enlever cette déco dans cette grande pièce qui était la nôtre. Dis-leur que tu as aussi ton royaume, que je ne suis pas ton bonheur mais une partie. Dis-leur que tu m’as tout dit et que j’ai tout pris sans la moindre difficulté. Dis-leur que tu ne me laisses pas dormir alors qu’on doit s’expliquer, que tu sais comment sont mes nuits si je dois dormir sur un désaccord.

À mon tour, je leur dirai que je t’aimais avant même de connaître ton visage. Je leur dirai que pour la première fois, je n’appréhende pas les réponses d’un homme quand je dois parler, que quand tu rentres dans la pièce dans laquelle je suis, c’est difficile pour nous deux de rester concentrés. Je leur dirai que l’une des choses que j’aime le plus chez toi, c’est ta sensibilité, le fait que tu vives tes émotions et que tu aies mis à la poubelle cette histoire de « un homme ça ne pleure pas. Un homme c’est fort ». Je leur dirai que ta force est de t’aimer. Ta force, c’est quand tu me dis « j’ai peur ». Ta force est de m’avoir placée au même piédestal que toi et d’avoir tué le « c’est toi l’homme, tu vas pas la laisser faire et dire ce qu’elle veut, quand même ». Ta force est d’avoir été le premier à qui j’ai dit qui j’étais. Ta force c’est d’être toi.

Je leur dirai que je suis fière de t’avoir à mes côtés, d’avoir un partenaire et non un adversaire, un homme ambitieux qui agit, un homme à qui je raconte mes fous projets et qui est autant emballé que moi parce que finalement, c’est pas si fou que ça, c’est juste à ma hauteur. Je leur dirai que ma plume ne te fait pas peur, que tu me lis et que ton égo est réduit en miettes face à moi, pour notre plus grand bonheur. Je leur dirai qu’on a décidé de s’aimer à notre façon et de donner une autre définition de l’amour que celle qu’on retrouve dans le dictionnaire. Je leur dirai que j’ai vu mon nom inscrit sur ta nuque, ce jour-là, quand nous nous sommes rencontrés et que je te l’ai dit, ce soir-là, quand nous nous sommes retrouvés. Au fait, non, je ne leur dirai pas ça. Je leur écrirai. Mais pas tout, sinon, ils voudront te connaître.

Différents mais égaux.

Image de Raïnat Aliloiffa.

tu saignes

Image de Mia Loifa.

Mes chefs-d’oeuvre

Je t’en veux de m’avoir fait écrire cette histoire. Je m’en veux d’avoir pris le stylo et d’avoir accepté d’être la co-auteure. Cette histoire est tout ce que je ne suis pas. La fin est tout ce que je n’aime pas. Je ne sais pas les cris à la place des mots, la peur à la place de la tolérance, les insomnies à la place de Morphée et le mépris à la place de l’esprit. Et tu m’as fait vivre tout ça sans que je puisse t’arracher le livre des mains.

Laisse-moi te conter comment j’écris mes histoires, en guise de lignes post-nous, comme une tentative de rattraper ce brouillon et de me donner bonne conscience. Je commence par un sourire du regard, on me répond par un sourire des lèvres et ensuite un du regard. Je fais parler Âme et je reçois une réponse d’Esprit. Après ça, j’appelle Humour et Respect qui créent par la suite Complicité. Je fais durer ces moments-là aussi longtemps que possible et pour les plus vaillants, Passé et Vécu se joignent à nous, non pas pour ajouter des lignes à notre histoire commune mais pour soulager celle de l’autre. Si fin il y a, j’en écris une aussi belle que le début. Alors, je prends le livre à part, je couche les mots sur le papier pour créer des lignes qui donneront un sens et une légitimité à l’existence de cette histoire. Le co-auteur prend ensuite connaissance de mes vers, tourne la page, fais couler l’encre et laisse les mots prendre place. Chaque mot de l’histoire, chaque lettre, chaque sentiment, chaque pensée, chaque émotion et chaque passage comptent. Une fois que nous avons tous les deux pris connaissance de la violente douceur de la fin, oui, parce que mes histoires se terminent avec Tendresse, on tourne ensemble la dernière page du livre, le ferme et le pose sur notre bibliothèque de la vie. Mes histoires sont des chefs-d’œuvre.

Moi, ton livre je ne le veux pas dans ma bibliothèque.

Aime-moi…à notre façon

Image de Raïnat Aliloiffa.

parlons sexualité et non-dits

Je suis issue d’une famille musulmane plus ou moins pratiquante. Dès petits, on nous apprend la religion par le biais de l’école coranique, les madrass et la mosquée. On nous apprend qu’il y a un Dieu et qu’il faut Le prier. Un Dieu aimant, qui nous aide durant toute notre vie et qu’il faut alors Lui rester fidèle. Il faut aussi suivre le bon chemin… C’est quasiment ce que l’on nous apprend, jeunes, pour la majorité des cas.

La question de la sexualité n’est pas ou très peu abordée. Certains diront que c’est par pudeur, protection, tradition ou même par religion. Plus tard, on comprendra que c’est par insouciance des conséquences. La sexualité est un grand tabou, dans la plupart des foyers. C’est, voire même, mal. Et si on la voyait autrement ?

Les informations qu’on nous transmet à ce sujet, quand cela arrive, sont incomplètes. Pourquoi ? Pour ne pas pervertir l’enfant, on vous expliquera. Encore énormément de personnes préfèrent taire ce point que de l’aborder, quitte à choisir les « bons mots », si réellement il y a un risque de perversion. Une partie de l’éducation de la vie, et non pas la moins importante, est alors inconnue chez l’enfant. C’est à ce moment-là que nous réalisons qu’il y a nombre de tabous sous énormément de prétextes. On nous transmet seulement qu’une infime partie de l’information. Qui n’a jamais été tenté de vouloir savoir ce qu’il se cache derrière une porte entrouverte ? L’humain est curieux, toujours attiré par ce qu’il ne voit pas mais sait qui existe.

Dans le cas où on nous parlerait de sexualité, la plupart du temps, on entend « une femme doit se préserver pour son mari. » ou encore « tu dois rester vierge jusqu’au mariage. », toujours en s’adressant, majoritairement à une fille. Le garçon, chez qui le sujet est autant traité que chez la fille, est très rarement, voire jamais l’objet de ces explications. On aura tendance à lui dire « ne déshonore pas une jeune femme ; ne dépucelle pas une jeune femme ». Tout cela est, encore une fois, très axé femme. Ce n’est pas du tout par rapport à la religion, contrairement à ce que l’on pourrait entendre. La religion n’est pas sexiste, c’est l’Homme qui l’est et nous fait croire qu’elle l’est. « Parce que c’est dans la religion » est l’explication qui se transmet de générations en générations et qui est censé nous satisfaire, nous élever et effacer notre envie de vouloir en savoir plus.

Ne dit-on pas que l’Homme est attiré par l’interdit ? Cette règle mal expliquée pousse vers cet interdit mais en cachette parce qu’après tout, ce qui est interdit n’est, en l’occurrence, pas bien. Et malgré les cours de science de la vie et de la terre qui ne traitent que vaguement du sujet, dans quelques cas, ces personnes-là, ces jeunes femmes attrapent une infection sexuellement transmissible. C’est le pire des cas (dans une relation où il y a un consentement mutuel). Pour moi, la grossesse n’est pas un drame. Elle est injustement diabolisée et considérée comme plus grave que les IST parce que ces dernières se cachent mais pas la grossesse. On ne vit qu’à travers le regard des gens, pour la majorité des cas. D’ailleurs, on nous dit aussi à nous, jeunes femmes, que si jamais on venait à perdre notre virginité hors mariage, ce serait la honte si jamais la famille, le voisinage et l’île l’apprenaient. Encore et toujours cette histoire de « que vont-ils en penser ? Que vont-ils en dire ? ». Cette histoire de virginité des femmes occupe tellement une énorme place dans notre culture que des actions scandaleuses sont parfois faites lorsque celles-ci ont une vie sexuelle active avant le mariage : baisse de la dot, tentative de la famille de séparer le couple car c’est un déshonneur, le mariage ne doit pas se savoir et les festivités sont considérablement réduites voire supprimées. L’hymen, la virginité et la chasteté déterminent la valeur d’une femme.

À ce propos, pour beaucoup, virginité rime avec présence d’hymen, hymen intact, etc. J’ai personnellement un problème avec cette définition : et les garçons ? Et les filles qui naissent sans hymen ? Et que fait-on de l’hymen perforé lors d’une activité ou même autre raison ?

Tout un tabou, que des non-dits autour de la sexualité qui finissent souvent par pousser énormément de personnes vers un danger. Après tout, qui leur a parlé le plus clairement possible des maladies sexuellement transmissibles, du dépistage et des précautions à prendre avant une relation intime ? Je sais que pour des parents, des éducateurs, des aînés, des frères et sœurs ce point-là est sensible mais il fait pourtant partie de l’éducation. Le silence est d’or dans certains cas mais ici, il est tort. On préserve plus l’enfant en en parlant qu’en se taisant. En effet, une vie sexuelle active n’est pas primordiale dans un couple ou tout simplement dans notre vie individuelle (on n’est pas plus femme ou homme si on est actif, et inversement) mais être renseigné le plus clairement possible sur le sujet peut sauver énormément de vies.

J’écris

Image de Raïnat Aliloiffa.

Regarde-moi…encore

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